
Nuisette, déshabillé, babydoll : les différences
Nuisette, déshabillé ou babydoll : longueurs, coupes, matières et transparence pour distinguer ces pièces de lingerie du peignoir.
La nuisette est une chemise de nuit très courte, le déshabillé une robe d’intérieur généralement longue et légère, et le baby doll un autre nom de la nuisette. Entre la pièce qui s’arrête haut sur la cuisse et celle qui accompagne un geste de la main, les mots ne tracent pas toujours une frontière nette : ils se frôlent, se répondent, parfois se remplacent. Une même matière légère peut faire basculer la silhouette d’un nom à l’autre, selon sa longueur, sa façon de tomber ou la manière dont elle se porte.
Inutile pourtant de chercher une police du vocabulaire. La lingerie vit de nuances : une bretelle fine, une dentelle au bord d’un décolleté, un voile qui suit les jambes sans les contraindre. Les termes ont leur histoire et leurs repères, mais ils laissent aussi passer l’allure.
Trois noms, des contours qui se touchent
La nuisette est le mot le plus direct. Larousse la définit ainsi : « Chemise de nuit très courte. » Cette brièveté donne le ton. La pièce prend la forme d’une robe à fines bretelles, le plus souvent au-dessus du genou, dans un tissu léger et souple comme le nylon ou la soie. Son décolleté peut être profond, ses côtés peuvent se fendre, la dentelle peut en souligner le bord. Rien de tout cela n’est imposé à chaque modèle, mais l’image demeure : une ligne légère, fluide, dessinée pour accompagner le corps plutôt que le couvrir lourdement.
Le déshabillé installe une autre présence. Le TLFi le décrit comme une « robe d’intérieur, généralement longue et décolletée, faite dans une étoffe légère et seyante ». Là où la nuisette raccourcit la silhouette, le déshabillé l’enveloppe davantage. Il peut évoquer la mousseline, la soie, la dentelle, un tissu qui prend la lumière et laisse deviner le mouvement sous ses plis.
Le baby doll, souvent écrit « babydoll » dans le commerce, brouille encore un peu les lignes. Il désigne une nuisette ou une chemise de nuit légère pour femmes. Le mot rapproche donc spontanément cette pièce de la nuisette, sans verrouiller une coupe unique. Pour situer ces termes parmi d’autres formes, le vocabulaire des coupes de lingerie aide à distinguer la construction d’un vêtement de l’impression que son nom cherche à créer.
La nuisette, courte et mobile
Une nuisette se reconnaît d’abord à son élan. Elle ne s’attarde pas aux chevilles : elle s’arrête haut, souvent au-dessus du genou, et laisse les jambes prendre leur place dans la silhouette. Ses fines bretelles dessinent les épaules. Son tissu souple accompagne un pas, un demi-tour, une main posée sur la hanche.
Le nylon et la soie font partie des matières associées à cette forme. La dentelle, lorsqu’elle apparaît, ne change pas nécessairement la nature de la pièce : elle peut simplement entourer le décolleté, marquer l’ourlet ou adoucir une ligne très simple. Une fente sur un ou deux côtés joue le même rôle. Elle anime le vêtement sans devenir une condition de son existence.
Les matières de la lingerie permettent de regarder au-delà du nom imprimé sur une étiquette.
Dans les années 1950, la nuisette reste fortement liée à l’imaginaire des pin-up. Elle sort ensuite du seul territoire de la nuit à partir du mouvement hippie, lorsqu’elle peut devenir une robe de tous les jours. Dans les années 1990, Courtney Love la porte déchirée avec des bottes de combat. À partir de 2013, Hedi Slimane en propose chez Yves Saint Laurent des versions à carreaux, fleuries ou brodées, associées à des bottes et des collants résille. La nuisette change alors de décor sans perdre sa ligne première : une robe légère, courte, suspendue à de fines bretelles.
Une naissance racontée de deux façons
L’origine de la nuisette ne tient pas dans un récit unique. Wikipédia l’attribue à Nancy Mecher, qui aurait créé un modèle d’abord réalisé en nylon transparent et infroissable. Une chronique de franceinfo raconte une autre histoire et place Sylvia Pedlar au centre du tableau. Les deux versions ne se rejoignent pas.
Sylvia Pedlar, née en 1901 et morte en 1972, fonde Iris Lingerie en 1929. Dès 1942, ses ateliers ayant un problème d’approvisionnement, elle remplace les longues robes de nuit descendant jusqu’aux chevilles par une pièce bras nus, au-dessus du genou ou à mi-cuisse. Le modèle demande presque moitié moins de matière. Elle l’appelle « nightgown ».
Le déshabillé se superpose : long, léger, porté ouvert sur une pièce de dentelle.
En 1956, Carroll Baker apparaît en nuisette dans le film Baby Doll d’Elia Kazan, sorti le 18 décembre. Le style « baby-doll » se répand alors dans les pays anglophones. Sylvia Pedlar, elle, déteste ce terme et refuse toujours de l’employer. Le contraste a quelque chose d’ironique : un vêtement né, dans ce récit, d’une difficulté d’approvisionnement devient un mot chargé d’imaginaire.
Le déshabillé, l’art de l’enveloppe
Le déshabillé ne se résume pas à une pièce que l’on pose sur les épaules. Son nom porte une idée d’intérieur, de légèreté, de tenue plus travaillée qu’une simple robe de chambre. Il peut être long, décolleté, translucide ou non. Il peut se porter comme une couche qui s’ajoute à une chemise de nuit, ou former avec elle un ensemble coordonné.
Les exemples associés au terme parlent d’eux-mêmes : déshabillé de dentelle, de mousseline, de soie, déshabillé de nuit. En janvier 1951, Le Jardin des modes évoque « un élégant déshabillé (…) en mousseline de soie et Chantilly bleu pâle ». Toute la scène est là : un tissu aérien, une couleur douce, une pièce qui habille sans alourdir.
L’entrée consacrée au déshabillé fixe ce cœur de silhouette : une robe d’intérieur généralement longue et décolletée, dans une étoffe légère et seyante. Elle ne décide ni d’une fermeture obligatoire ni d’un degré précis de transparence. Un déshabillé peut être porté ouvert, mais ce n’est pas le mot qui l’exige.
Le terme peut aussi désigner un ensemble de tissus coordonnés réunissant une robe de chambre et une chemise de nuit, souvent transparente. Il arrive également qu’il ne nomme que la robe de chambre elle-même, lorsqu’elle se montre plus élégante, plus proche de la lingerie que du vêtement d’intérieur. Ce glissement explique bien des hésitations : sous le même mot se rencontrent une superposition, une tenue complète et une robe de chambre raffinée. Le kimono ou peignoir de soie en est un proche cousin.
À l’écran et en photographie, le déshabillé long, transparent, enrichi de dentelles ou d’ornements devient un symbole de sex-appeal. Elizabeth Taylor le porte dans La Chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks, en 1958. Grace Kelly apparaît dans cette même famille de silhouettes dans Fenêtre sur cour d’Hitchcock, en 1954. De la crise de 1929 aux années 1960, des actrices hollywoodiennes se montrent aussi en lingerie du soir, très souvent dans des déshabillés ou des nightgowns de la marque Olga.
Cette image de cinéma n’impose pourtant pas un uniforme. Le voile, la transparence et l’ornement appartiennent à l’imaginaire du déshabillé, mais ne suffisent pas à le définir seuls. La longueur et l’élégance de lingerie restent les repères les plus solides.
Baby doll, un mot plus joueur que fixe
Ni Larousse ni le TLFi ne donnent de définition propre à « babydoll ». Sous la forme « baby doll », le terme est présenté comme un autre nom de la nuisette, ou comme une chemise de nuit légère pour femmes. Il n’y a donc pas lieu de lui attribuer une longueur officielle, une ouverture obligatoire ou une transparence imposée.
Dans le commerce, « babydoll » désigne souvent une nuisette très courte, évasée, parfois accompagnée d’une culotte assortie. C’est un usage courant de l’étiquette, pas une règle gravée dans le vocabulaire. Un modèle peut être ample sans devoir s’appeler ainsi ; un autre peut porter ce nom tout en restant proche d’une nuisette classique.
Le film Baby Doll a popularisé le terme dans les pays anglophones, sans avoir inventé à lui seul la coupe ou la chemise de nuit légère. Le nom garde l’écho de cette histoire. Il suggère souvent une silhouette plus joueuse, plus brève, parfois plus évasée. Mais il reste un mot d’évocation autant qu’un mot de désignation.
Les repères qui résistent à l’étiquette
Les distinctions les plus utiles tiennent dans quelques lignes, à condition de ne pas les transformer en lois. Une longueur « généralement » longue n’est pas une longueur imposée. Une pièce souvent transparente ne doit pas forcément l’être. La lingerie aime les catégories souples : elles donnent une direction, pas un règlement.
| Terme | Longueur évoquée | Forme et usage | Ouverture et transparence |
|---|---|---|---|
| Nuisette | Très courte ; le plus souvent au-dessus du genou | Chemise de nuit féminine à fines bretelles, proche d’une robe légère | Fente possible sur un ou deux côtés ; dentelle possible ; transparence non imposée |
| Déshabillé | Généralement long | Robe d’intérieur décolletée et légère ; peut aussi désigner un ensemble coordonné ou une robe de chambre élégante | Pas de fermeture obligatoire ; souvent transparent, sans que cela soit systématique |
| Baby doll / babydoll | Aucune longueur fixée par Larousse ou le TLFi | Autre nom de la nuisette ou chemise de nuit légère | Aucune règle établie ; le commerce l’emploie souvent pour des modèles très courts et évasés |
La filiation racontée entre les pièces éclaire ce tableau. Du déshabillé dérivent la nuisette et le babydoll, dans des versions plus courtes et plus aisées à porter. Le passage est logique à l’œil : d’un tissu qui enveloppe la silhouette jusqu’aux jambes, on glisse vers une ligne plus brève, plus directe, qui laisse davantage d’espace au corps.
Un babydoll rose poudré : dans le commerce, le mot désigne souvent une nuisette très courte, sans que ce soit une définition de dictionnaire.
La transparence ne décide pas tout. Un déshabillé peut être transparent et rester un déshabillé parce que sa longueur, son étoffe légère et son allure d’intérieur le situent là. Une nuisette peut être opaque tout en demeurant une nuisette si elle garde sa coupe courte et sa forme de chemise de nuit. De même, la dentelle ajoute une note, elle ne distribue pas à elle seule les noms.
Peignoir : le voisin, pas le synonyme
Le peignoir appartient à la même conversation sans occuper tout à fait la même place. Il est ample, doté de manches longues, parfois ceinturé, et s’arrête au genou. Le peignoir de bain est généralement en tissu éponge : il sert à s’essuyer ou à se prémunir du froid. Le mot peut aussi désigner une robe de chambre.
La proximité avec le déshabillé se comprend lorsque celui-ci renvoie à une robe de chambre élégante. Mais l’intention diffère. Le peignoir assume plus volontiers son ampleur et sa fonction. Le déshabillé recherche davantage la légèreté, le décolleté, une élégance plus proche de la lingerie. Un kimono ou un peignoir de soie peut ainsi prolonger la silhouette par une superposition souple, sans effacer la nuance entre les deux appellations.
Quelques points suffisent à garder le fil :
- la nuisette est une chemise de nuit très courte ;
- le déshabillé est généralement long, décolleté et réalisé dans une étoffe légère ;
- le baby doll est assimilé à la nuisette, sans définition autonome dans Larousse ou le TLFi ;
- le peignoir est ample, à manches longues et parfois ceinturé ;
- la guêpière, le bustier ou le serre-taille appartiennent à un autre vocabulaire, celui de pièces plus structurées.
La matière finit par parler plus fort que le nom
Une étiquette peut annoncer « nuisette » et faire penser à un baby doll. Une autre peut écrire « déshabillé » pour une pièce proche d’une robe de chambre légère. Ce flottement n’est pas une erreur : il reflète des termes qui se chevauchent et des silhouettes qui se répondent.
Le regard et la main donnent souvent la réponse la plus juste :
- une fine bretelle, une coupe courte, une robe légère qui suit les jambes : la nuisette s’impose ;
- un voile long, un décolleté, une pièce qui accompagne une chemise de nuit ou se porte par-dessus : le déshabillé prend sa place ;
- une coupe brève, souple, parfois évasée, vendue sous une appellation plus espiègle : le mot babydoll peut convenir.
L’entretien rappelle enfin que le textile ne se laisse pas résumer par un nom. Soie, mousseline, dentelle et détails délicats demandent chacun leur attention. Le soin de la lingerie commence là : dans la matière réelle, celle que l’on touche avant même de lire l’étiquette.
Nuisette, déshabillé, baby doll : choisir sans enfermer
Employer « nuisette » pour une chemise de nuit très courte reste le choix le plus net. « Déshabillé » convient à une robe d’intérieur généralement longue, légère et décolletée. « Baby doll » peut désigner une nuisette légère, avec une part de liberté supplémentaire dans l’usage.
Entre ces mots, la silhouette conserve son jeu. Une fente, une dentelle, un voile ou une coupe plus ample déplacent l’impression sans toujours changer le nom. C’est précisément ce qui rend ces pièces si séduisantes : elles suggèrent, elles entourent, elles laissent le regard finir la phrase.
Questions fréquentes
Un babydoll et une nuisette, est-ce la même chose ?
Le baby doll est un autre nom de la nuisette ou d'une chemise de nuit légère. Dans le commerce, il désigne souvent un modèle très court et évasé, parfois accompagné d'une culotte assortie, sans que cette coupe soit une règle.
Le déshabillé est-il forcément long ?
Le déshabillé est généralement long, décolleté et réalisé dans une étoffe légère. Sa longueur est un repère utile, mais elle n'impose pas une mesure précise.
Un déshabillé est-il toujours transparent ?
Non, un déshabillé peut être translucide ou non. La mousseline, la soie et la dentelle font partie des matières qui lui sont associées, sans imposer de transparence.
Une nuisette a-t-elle toujours des bretelles fines ?
La nuisette prend généralement la forme d'une robe légère à fines bretelles, le plus souvent au-dessus du genou. Son trait le plus net reste d'être une chemise de nuit très courte.
Quelle différence entre un déshabillé et un peignoir ?
Le peignoir est ample, doté de manches longues, parfois ceinturé et s'arrête au genou. Le déshabillé est une robe d'intérieur généralement longue, décolletée et légère, plus proche de la lingerie.