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Lingerie Sensuelle
Femme en body de dentelle noire à motifs floraux fins, près d'une table où est posée une longueur de dentelle

Dentelle de Calais-Caudry : ce que changent l'IG et l'IGP

IG enregistrée en 2024, IGP européenne en 2026 : ce que le cahier des charges impose à la dentelle de Calais-Caudry et ce que cela change pour celle qui achète.

En bref : l’IG (2024) et l’IGP (2026) réservent le nom « Dentelle de Calais-Caudry » à une dentelle tissée sur métiers Leavers dans les bassins de Calais et de Caudry. Elles ne garantissent ni la composition du fil ni l’absence de défaut, et elles visent la dentelle, pas le vêtement fini. Depuis janvier 2024 pour la France, puis depuis l’été 2026 pour l’Europe, le nom n’est plus libre. Reste à voir ce que cela change, très concrètement, pour la femme qui choisit un soutien-gorge ou un body, dans une lingerie française qu’a marquée l’histoire d’Herminie Cadolle et du corselet-gorge.

Cet article ne raconte pas la fabrication de la dentelle Leavers : le savoir-faire des métiers, des dessinateurs et des bobines est détaillé sur le site Style et Glamour, dans un article consacré à la broderie de Calais et à la dentelle Leavers. Ici, l’angle est autre : ce qu’impose le texte de l’indication géographique, qui est concerné, et ce qu’une acheteuse peut en faire.

Les faits : une IG en 2024, une IGP en 2026

Les dates sont simples à poser, à condition de ne pas les mélanger.

  • 23 juin 2023 : avis d’ouverture d’opposition au Bulletin officiel de la propriété industrielle (BOPI).
  • 11 octobre 2023 : synthèse de l’enquête publique.
  • 26 janvier 2024 : décision d’enregistrement de l’IG « Dentelle de Calais-Caudry », numéro 23-001, publiée au BOPI. La fiche de la base de l’INPI affiche le statut « Enregistrée ».
  • Été 2026 : l’Union européenne accorde l’indication géographique protégée. La Gazette France, le 19 août 2026, la situe « à la toute fin du mois de juillet ». L’AFP, dans une dépêche du 1er septembre 2026, rapporte l’annonce de l’INPI le même jour et précise que la dentelle est désormais protégée dans les 27 États membres.

Ces sources ne donnent pas toutes la même date pour l’annonce européenne, ce qui n’a rien d’anormal : une décision, sa publication et son annonce ne tombent pas le même jour. Le jour exact et le numéro du règlement n’ont pas été lus pour cet article, et il vaut mieux ne pas les inventer.

L’AFP donne aussi le contexte juridique : un règlement européen en vigueur depuis le 1er décembre 2025 permet les indications géographiques protégées pour les produits artisanaux et industriels dans toute l’Union. Huit autres produits français ont été enregistrés en même temps, dont la tournerie et tabletterie du massif du Jura. L’IG de la dentelle fait donc partie d’un mouvement plus large, qui ne concerne pas que la lingerie.

Pour situer l’enjeu, le projet de cahier des charges publié par l’INPI donne quelques chiffres : le parc français de métiers Leavers compte 700 métiers, soit 70 % du parc mondial, et le chiffre d’affaires global de la dentelle de Calais-Caudry s’élève à environ 19 millions d’euros en 2022. Les dentelliers sont regroupés dans l’association IG « Dentelle de Calais-Caudry », constituée en 2020, qui regroupe des TPE et des PME.

Ce que dit le cahier des charges

Le document lu est le projet de cahier des charges d’avril 2023 mis en ligne par l’INPI dans la base des indications géographiques, pendant la procédure d’enquête publique. Le texte définitif peut différer sur des points de détail, et c’est une réserve à garder en tête pour tout ce qui suit.

Un procédé, un lieu

Le texte ouvre par une phrase nette : l’appellation est réservée à la dentelle tissée sur des métiers Leavers, selon un procédé d’entrelacs entre la chaîne et la trame datant du début du XIXe siècle. L’indication géographique doit certifier que les dentelles sont tissées exclusivement par des métiers Leavers sur les bassins de Calais et de Caudry. Ces métiers, précise le texte, mesurent de 6 à 12 mètres, pèsent plus de 10 tonnes de fonte et fonctionnent avec le mécanisme Jacquard.

Métier à dentelle à Caudry, carte postale de 1924

Un métier à dentelle à Caudry, carte postale de 1924 (éditions Grimbert). Domaine public, via Wikimedia Commons.

Ce n’est pas une note de qualité

Le lieu est défini avec une précision inhabituelle. L’aire géographique est située dans les départements du Pas-de-Calais et du Nord, avec une liste de communes. Le tableau de contrôle ajoute que la préparation et la fabrication des dentelles sont limitées aux communes situées à moins de 5 km de Caudry, dans le Nord, et à moins de 5 km de Calais, dans le Pas-de-Calais. C’est ce qui correspond à la formule de La Gazette France, selon laquelle une dentelle fabriquée hors des bassins de Caudry et de Calais et des communes dans un rayon de 5 km ne peut plus se vendre sous la dénomination protégée.

Ce qui n’est pas obligatoirement local

Un point surprend souvent : la création et les finitions ne sont pas obligatoirement réalisées dans l’aire géographique. Seules sont localisées la préparation des fils et les opérations qui concourent à la fabrication de la dentelle. Un dessin peut donc être créé ailleurs, et certaines finitions aussi. Ce n’est pas une faille : c’est le choix des rédacteurs du texte, qui font porter la garantie sur le tissage.

Aucune exigence sur le fil

Autre détail qui compte pour une acheteuse : le texte indique qu’il n’y a aucune exigence concernant les fils utilisés. Tous les fils, naturels, artificiels ou mixtes, peuvent servir à tisser la dentelle Leavers. L’IG ne dit donc rien de la composition : une dentelle de Calais-Caudry peut être en coton, en polyamide, en viscose ou en mélange. Pour savoir ce que contient la pièce, il faut toujours lire l’étiquette de composition, ce que détaille le pilier sur les matières de lingerie.

Le tableau de ce qui change et de ce qui ne change pas

Question Réponse d’après les sources lues
Le nom est-il protégé ? Oui : IG enregistrée par l’INPI (décision du 26 janvier 2024), IGP européenne à l’été 2026
Quel procédé ? Tissage sur métiers Leavers, exclusivement
Quel lieu ? Bassins de Calais et de Caudry, communes à moins de 5 km pour la fabrication
Quels produits ? La dentelle sous toutes ses formes (bandes, galons, volants, entre-deux, laizes, mantilles, voiles)
Quelle exigence sur le fil ? Aucune : fils naturels, artificiels ou mixtes admis
Le dessin et les finitions sont-ils locaux ? Pas obligatoirement
Où figure la mention ? Sur les factures et supports documentaires accompagnant les pièces de dentelle
Mention sur l’étiquette du vêtement fini ? Non prévue dans le texte lu

Ce que cela change pour celle qui achète

Le nom devient plus fiable

Avant l’IG, « dentelle de Calais » pouvait s’écrire sur une fiche produit sans qu’aucun texte n’en fixe le contenu. Désormais, la dénomination ne peut plus désigner une dentelle fabriquée hors de l’aire. La région Hauts-de-France, citée par La Gazette France, parle d’« une garantie pour les consommateurs » qui protège l’origine, l’authenticité et la qualité de la dentelle. Pour une acheteuse, c’est un point d’appui : si une marque revendique ce nom, elle engage sa responsabilité.

Mais la garantie vise la dentelle, pas le vêtement

Le texte couvre la dentelle elle-même, vendue en bandes ou en pièces. Un soutien-gorge ou un body est un produit fini, assemblé ailleurs, et rien dans le document lu n’impose de mention sur son étiquette. Quand une marque écrit « dentelle de Calais-Caudry » sur une page produit, la bonne question est la suivante : de quelle partie de la pièce parle-t-on ? Tout le vêtement, ou seulement un empiècement ? Une dentelle de Calais sur les bonnets avec un dos en autre matière est une pièce honnête, mais elle ne se présente pas comme une pièce entièrement en dentelle de Calais.

L’IG garantit un procédé et un lieu. Elle ne classe pas la dentelle de Calais au-dessus des autres pour tout usage. Le texte lui-même décrit les traits de la dentelle Leavers : elle est indémaillable, car chaque croisement de fils est entrelacé, elle n’a pas de nœuds, elle est souple et se teint en pièce. Il la distingue des dentelles dites tricotées, apparues au milieu du XXe siècle. Cela ne rend pas la dentelle tricotée mauvaise : elle est plus élastique et plus abordable, et le pilier sur les matières explique pourquoi elle convient très bien à une bande dorsale ou à un bonnet qui doit épouser la forme.

Femme en soutien-gorge triangle et culotte de dentelle noire fine, effleurant le bord de la dentelle devant un miroir

Une dentelle fine se juge de près : netteté des contours, bord sans aspérité, tombé sur la peau.

Ce que cet article n’a pas pu vérifier

Une filière fragile

La protection arrive dans un contexte difficile. L’AFP rappelle que l’industrie est en déclin, qu’il ne reste que quelques fabricants dans le Pas-de-Calais et que Darquer, plus ancienne fabrique de dentelle de Calais fondée en 1840, a été placée en liquidation judiciaire quelques semaines avant l’annonce. Elle employait 45 personnes et faisait encore tourner une quarantaine de métiers Leavers, avant l’arrêt de l’activité à la mi-juillet 2026. La dépêche cite la concurrence de la dentelle tricotée, souvent fabriquée en Asie à bas coût.

Une indication géographique n’empêche pas ces difficultés. Elle ne fixe ni un prix, ni un volume de commandes. Elle donne un cadre : si l’on veut soutenir la filière, acheter une pièce qui se réclame légitimement de ce nom est un geste qui a un sens, à condition de le vérifier.

Comment vérifier une mention sur une pièce

Voici une méthode simple, sans outil.

  1. Repérer où figure le nom. Sur la fiche produit, dans la composition, sur l’étiquette ou seulement dans le texte publicitaire ?
  2. Regarder à quelle partie il s’applique : « bonnets en dentelle de Calais-Caudry » n’est pas « ensemble en dentelle de Calais-Caudry ».
  3. Lire la composition. L’IG n’impose aucun fil : le coton, le polyamide ou l’élasthanne que vous voyez sur l’étiquette sont ce que vous achetez.
  4. Demander. Une marque qui utilise le nom doit pouvoir dire quel dentellier l’a fourni et fournir les mentions prévues par le texte (la dénomination et le numéro d’homologation sont exigés sur les factures et les supports documentaires, entre professionnels).
  5. Se méfier du vague. « Dentelle française » ne dit rien de précis, et ne veut pas dire « de Calais-Caudry ».

Pour les gestes d’entretien d’une dentelle fine, le pilier entretien de la lingerie rappelle les bases : lavage à la main pour la dentelle, séchage à plat, jamais au sèche-linge.

Pour rester honnête, voici ce qui n’a pas été lu. Le texte du règlement européen et son numéro, le jour exact de la décision de l’Union et la version définitive du cahier des charges après l’enquête publique n’ont pas été consultés : le texte analysé est le projet d’avril 2023, publié par l’INPI. Les sanctions en cas de manquement sont décrites par catégories (mineurs et majeurs) dans le document, mais aucune application concrète à une marque n’a été lue. Enfin, aucune source ouverte n’a permis de dire combien de pièces de lingerie vendues en France se réclament aujourd’hui de la dentelle de Calais-Caudry.

À retenir

L’IG de 2024 et l’IGP de 2026 protègent un nom, un procédé (le métier Leavers) et un lieu (Calais, Caudry et leurs environs immédiats). Elles ne garantissent ni une composition, ni un prix, ni une absence de défaut, et elles visent la dentelle, pas le vêtement fini. Pour l’acheteuse, l’intérêt est de pouvoir demander des comptes à une mention : où, quelle partie, quel fournisseur. Et de retenir qu’une bonne dentelle tricotée vaut mieux qu’une dentelle de Calais mal montée.

Pour aller plus loin, la fiche de l’INPI donne le statut et les dates, et la page coupes de lingerie aide à choisir la forme dans laquelle cette dentelle sera la mieux portée.

Questions fréquentes

Que protège exactement l'IG « Dentelle de Calais-Caudry » ?

Selon le projet de cahier des charges publié par l'INPI, la dénomination est réservée à la dentelle tissée sur des métiers Leavers, dans les bassins de Calais et de Caudry. Elle couvre la dentelle sous toutes ses formes (bandes, galons, volants, entre-deux, laizes, mantilles, voiles), pas un vêtement fini.

La mention est-elle obligatoire sur l'étiquette d'un soutien-gorge ?

Le texte lu impose les mentions sur les factures et les supports documentaires accompagnant les pièces de dentelle, c'est-à-dire entre professionnels. Il ne parle pas de l'étiquette d'un vêtement fini. Si une marque affiche « dentelle de Calais-Caudry », c'est donc à elle de pouvoir le justifier.

Une dentelle sans IG est-elle de moins bonne qualité ?

Non, ce n'est pas ce que dit le texte. L'IG garantit un procédé (le métier Leavers) et un lieu de fabrication. Le cahier des charges précise même qu'aucune exigence ne pèse sur les fils utilisés. Une dentelle tricotée peut être très bien faite : elle relève simplement d'une autre technique.

Quelle différence entre l'IG et l'IGP ?

L'IG est la protection nationale, enregistrée par l'INPI dans une décision publiée le 26 janvier 2024. L'IGP est la protection européenne, qui étend l'usage exclusif du nom aux 27 États membres, d'après l'AFP, et qui a été accordée à l'été 2026.

Où lire le texte officiel ?

La fiche IG 23-001 de la base des indications géographiques de l'INPI donne le statut « Enregistrée », les dates de la procédure et le cahier des charges. Le texte européen n'a pas été consulté pour cet article.