
La lingerie des Années folles : chemise, combinaison, bandeau
Ce que les musées et les sources ouvertes disent de la lingerie des années 1920 : fin du corset, cami-knickers, bandeau, soie et dentelle, et ce qu'on en garde.
On imagine volontiers les Années folles par leurs robes à franges et leurs cheveux courts. Ce qui se passait dessous est moins souvent raconté, et quand on le raconte, on le fait souvent avec une assurance que les sources ne justifient pas. Cet article prend l’autre parti : il ne garde que ce qui a été lu dans des pages de musées, dans la présentation d’une maison de lingerie qui existait déjà à l’époque, dans un article de revue d’histoire et dans une encyclopédie en ligne. Il dit aussi, à la fin, ce que ces lectures ne permettent pas d’affirmer.
Une précision de méthode d’abord. Une recherche dans les fonds numérisés de Gallica, où se trouvent les revues de mode de l’époque, n’a pas abouti à une page de lingerie utilisable pour cet article : les documents qui s’y trouvent n’ont pas pu être lus ici. Les ouvrages de référence sur le sujet n’ont pas été consultés non plus. Le texte qui suit repose donc sur des sources plus modestes, mais vérifiables, et chaque fait est rattaché à la page où il a été lu.
Une silhouette qui efface la poitrine et la taille
La mode des années 1920 se définit d’abord par ce qu’elle cache. L’article de Wikipédia consacré à la mode garçonne la décrit comme une silhouette « androgyne et longiligne », où ne sont plus marquées ni la poitrine ni la taille. La coupe des robes est droite, presque tubulaire, avec la taille abaissée au niveau des hanches. La période retenue par cet article va de 1919, après la Première Guerre mondiale, à 1929, quand commence la crise économique.
Pour la lingerie, la conséquence est simple à comprendre : un vêtement qui tombe droit des épaules aux hanches ne supporte ni bosses ni coutures épaisses. Les pièces de dessous doivent se faire oublier, glisser, ne rien marquer. C’est le point de départ de presque tout ce qui suit. Si vous avez déjà cherché un sous-vêtement invisible sous une robe fluide, vous connaissez le cahier des charges, même si les moyens techniques ont beaucoup changé. Les pages sur les coupes de lingerie en détaillent les solutions actuelles.
Cette silhouette s’accompagne d’autres changements visibles, que JSTOR Daily rappelle : les jupes remontent jusqu’au-dessous du genou et les bas à larges mailles deviennent une signature de la garçonne. L’article ajoute que ce style était aussi fonctionnel que scandaleux : les trous du tissu laissaient voir la peau et donnaient de l’élasticité pour danser. Ce détail compte pour la suite : quand les jambes se montrent, tout ce qui les habille, des bas aux culottes, devient un élément de la tenue.
La cami-knicker, pièce emblématique
De toutes les pièces, c’est la cami-knicker que les musées montrent le plus volontiers. Le terme associe « camisole » et « knickers », et désigne un seul vêtement qui réunit un haut léger et une culotte courte. JSTOR Daily, dans un article signé April White et daté de septembre 2026, explique que la combinaison dite « enveloppe » a évolué en cami-knickers, devenues « le sous-vêtement qui définit l’ère du jazz ». Des cami-knickers amples et tubulaires produisent la silhouette garçonne que préféraient les flappers, et des étoffes soyeuses comme le crêpe de Chine donnent à ces pièces d’abord pratiques un air plus moderne et plus glamour.
Le Victoria and Albert Museum de Londres en conserve un exemple très précis : des cami-knickers anglaises d’environ 1920, en soie rose garnie de dentelle mécanique crème. Le haut est en filet, presque droit, avec des pinces de forme à la taille, des bretelles en ruban rose et de petits boutons de nacre qui ferment le dos. Les jambes, longueur genou, sont ouvertes sur la plus grande partie de leur hauteur et retombent à partir du centre du devant, bordées de dentelle. La notice indique que la pièce a été portée par Emilie Grigsby (1876-1964), une riche Américaine installée en Angleterre. On y voit, très concrètement, ce que veut dire « lingerie des Années folles » : de la soie, un haut sans armature, une coupe droite et un détail de finition soigné.
Cami-knickers en coton blanc à broderie anglaise, datées entre 1890 et 1920 environ. Auckland War Memorial Museum Tāmaki Paenga Hira, inv. 1996.70.7, licence CC BY 4.0 via Wikimedia Commons.
Cet exemple néo-zélandais rappelle qu’il n’y avait pas une seule lingerie des Années folles. La pièce du musée d’Auckland est en coton, avec de la broderie anglaise, et sa date va de 1890 environ à 1920 environ : elle appartient à la famille des cami-knickers, mais pas au registre de la soie portée par les mondaines. Le coton blanc de tous les jours et la soie rose des soirées coexistaient, ce qui est cohérent avec ce que montrent les autres musées.
Le corset s’efface, le maintien change de forme
Sur le corset, Wikipédia est tranchante : il a « disparu ». L’encyclopédie précise qu’il est remplacé par une gaine souple qui ne monte pas au-dessus de la taille et ne descend que jusqu’à l’aine. À défaut, on porte un porte-jarretelles avec un soutien-gorge, ou bien, vers le milieu des années 1920, une simple combinaison-culotte fluide. Les jupons et les culottes à jambes sont abandonnés, et les bas de laine épaisse laissent la place à des bas de soie, portés roulés sous le genou autour d’une jarretière. Pour voir ce que devient le maintien quand on veut, cette fois, marquer la taille, l’article sur la guêpière, le bustier et le serre-taille fait le contraste.
Il faut lire cette phrase avec nuance. Elle décrit un mouvement de fond, pas une disparition du jour au lendemain, et le mot « disparu » désigne surtout le corset rigide d’avant-guerre. Une maison parisienne qui fabriquait déjà des corsets le montre bien : l’histoire de la maison Cadolle, publiée sur son site, indique qu’en 1925 Marguerite Cadolle a créé pour Coco Chanel le premier soutien-gorge aplatissant, appelé « la fameuse forme garçonne ». Autrement dit, le maintien ne s’arrête pas : il change de mission. On ne cherche plus à cambrer et à marquer la taille, on cherche à lisser.
Cette même histoire est à ranger dans la catégorie « ce que dit la maison », et non dans celle des constats d’historien. Elle est utile, parce qu’elle vient d’une entreprise qui a vécu la période, mais elle reste un récit écrit par ceux qui en ont profité. Pour l’origine de cette maison et la façon dont elle présente ses propres dates, l’article Herminie Cadolle et le corselet-gorge revient sur la fondatrice, et l’article sur le passage du corset au soutien-gorge raconte ce qui précède la décennie.
Le bandeau, avec prudence
Wikipédia mentionne aussi que, pour paraître plus mince, certaines femmes utilisent un bandeau pour aplatir la poitrine. La formulation est volontairement mesurée : « certaines femmes ». Aucune des sources lues n’apporte de proportion, ni de nombre, ni d’enquête de l’époque. On peut donc écrire que le bandeau a existé et que le soutien-gorge aplatissant de Cadolle va dans le même sens. On ne peut pas écrire que toutes les femmes s’aplatissaient la poitrine, ni qu’elles le faisaient « pour ressembler à des garçons », ce que les sources ne disent pas.
Les pièces de la décennie, telles que les sources les décrivent
Le tableau suivant reprend, sans rien ajouter, ce qui a été lu. Chaque ligne renvoie à une source ouverte pour ce travail.
| Pièce | Ce que disent les sources | Source |
|---|---|---|
| Gaine souple | Remplace le corset ; monte jusqu’à la taille au plus, descend jusqu’à l’aine | Wikipédia, mode garçonne |
| Porte-jarretelles et soutien-gorge | Alternative à la gaine | Wikipédia, mode garçonne |
| Combinaison-culotte fluide | Apparaît vers le milieu des années 1920 | Wikipédia, mode garçonne |
| Bandeau | Utilisé par certaines femmes pour aplatir la poitrine | Wikipédia, mode garçonne |
| Soutien-gorge aplatissant | Créé en 1925 pour Coco Chanel selon la maison Cadolle | Site de la maison Cadolle |
| Cami-knickers | Haut de camisole et culotte en une seule pièce, tube sans taille marquée | Victoria and Albert Museum, JSTOR Daily |
| Culotte de style « Directoire » | Crêpe de Chine et dentelle mécanique, 1920-1930, Madame Watrigant, Bruxelles | Rijksmuseum |
| Bas | Bas de soie roulés sous le genou ; bas à larges mailles | Wikipédia ; JSTOR Daily |
Soie, crêpe de Chine et dentelle mécanique
Les deux exemples précis lus pour cet article ont la même base d’étoffes. Le Rijksmuseum d’Amsterdam décrit, pour une culotte datée de 1920 à 1930 et signée Madame Watrigant, à Bruxelles, un crêpe de Chine rose garni de dentelle appliquée de teinte blonde. La culotte est ajustée sur le ventre et se ferme par trois boutons de nacre de chaque côté de la couture latérale. Les jambes sont froncées et terminées par une large bande de dentelle mécanique. Le catalogue précise que la pièce va avec un jupon (inventaire BK-1986-64a), détail qui nuance l’idée d’un abandon complet du jupon.
Le Victoria and Albert Museum, de son côté, parle de soie et de dentelle mécanique, avec des boutons de nacre. Dans les deux cas, ce sont des étoffes fluides, qui tombent bien et qui se froissent peu : exactement ce que demande une robe tubulaire. Dans les deux notices, la dentelle est dite mécanique, c’est-à-dire produite à la machine.
Pour comprendre pourquoi ces étoffes ont survécu dans les tiroirs d’aujourd’hui, le pilier sur les matières de lingerie explique ce que chacune apporte à la peau et à l’entretien. Il vaut la peine de s’y arrêter avant d’acheter une pièce en soie, qui se lave à la main et supporte mal la chaleur.
Satin, coupe droite et dentelle discrète : l'esprit des cami-knickers, sans la copie.
Porter l’esprit des années 1920 aujourd’hui
On ne revient pas aux cami-knickers de soie pour les copier, mais on peut en retenir les principes. Ils tiennent en quelques points.
- Choisir des étoffes qui tombent : soie, satin, crêpe ou jersey fin plutôt qu’un synthétique raide qui marque sous la robe.
- Préférer une coupe droite et sans armature pour les jours où la tenue est fluide. Une bralette en dentelle ou un triangle souple remplissent ce rôle.
- Tester les pièces en un seul tenant : le body, le teddy ou la nuisette courte reprennent l’idée d’une silhouette continue, sans coupure à la taille.
- Laisser la dentelle discrète : une bordure plutôt qu’un plastron, comme sur la pièce du Victoria and Albert Museum.
- Entretenir ces pièces comme elles le demandent : à la main pour la soie et la dentelle, séchage à plat, jamais au sèche-linge. Le pilier entretien de la lingerie détaille les gestes.
Pour celles qui cherchent surtout le côté séduction de ces pièces, le pilier lingerie et séduction replace le choix d’une tenue dans l’usage qu’on veut en faire.
Ce que les sources ne permettent pas d’écrire
Il y a des affirmations très répandues sur la lingerie des Années folles qu’aucune des sources lues ne soutient, et que cet article ne reprend donc pas.
- Aucun chiffre de ventes, de production ou de déclin du corset n’a été lu dans une source ouverte pour ce travail.
- Aucune couleur « typique » de la décennie n’est établie par les pièces consultées : l’exemple du Victoria and Albert Museum est rose et crème, celui du Rijksmuseum est rose, celui d’Auckland est blanc.
- Le rôle précis de Coco Chanel dans l’évolution des sous-vêtements ne repose ici que sur la page de la maison Cadolle. Aucune source indépendante n’a été lue.
- Les revues d’époque numérisées (Gallica) n’ont pas pu être exploitées : ce sont pourtant elles qui diraient ce que les femmes achetaient réellement.
Cette liste n’est pas une coquetterie. Une histoire de la lingerie qui avance des chiffres sans sources est facile à écrire et sert mal la lectrice. Ici, la règle est simple : si un fait n’a pas été lu, il n’est pas écrit.
Ce qu’il faut retenir
La lingerie des Années folles se comprend à partir d’une contrainte : une robe droite qui efface la poitrine et la taille. Le corset rigide s’efface, remplacé par une gaine souple, un soutien-gorge, un porte-jarretelles ou une combinaison-culotte fluide. Le bandeau existe, de même qu’un soutien-gorge aplatissant, mais aucune source lue ne dit combien de femmes les portaient. Les cami-knickers, en soie ou en coton, en sont la pièce la plus visible dans les musées, et leurs étoffes (soie, crêpe de Chine, dentelle mécanique) sont toujours celles que l’on aime pour leur chute. Pour ce qui se posait par-dessus, bijoux, longs colliers et accords avec l’encolure, on lira le guide pour porter ses bijoux, entre histoire et vêtement contemporain.
Pour voir de près une pièce de la période, la notice du Victoria and Albert Museum donne les matières, la date et l’histoire de la pièce. Et pour suivre la maison qui a, d’après elle, fabriqué un soutien-gorge aplatissant en 1925, l’histoire de la maison Cadolle raconte ses étapes de 1889 à nos jours, avec la réserve d’usage sur un récit écrit par la maison elle-même.
Questions fréquentes
Le corset a-t-il vraiment disparu dans les années 1920 ?
Selon Wikipédia, qui décrit la mode garçonne, le corset « a disparu » et cède la place à une gaine souple qui ne monte pas au-dessus de la taille, ou à un porte-jarretelles associé à un soutien-gorge, ou encore à une combinaison-culotte fluide vers le milieu de la décennie. Le maintien ne disparaît donc pas : il change de forme, et la maison Cadolle indique avoir fabriqué dès 1925 un soutien-gorge aplatissant pour Coco Chanel.
Qu'est-ce qu'une cami-knicker ?
C'est une pièce en un seul tenant qui associe un haut de type camisole et une culotte courte. Le Victoria and Albert Museum en conserve un exemple anglais d'environ 1920, en soie garnie de dentelle mécanique, avec bretelles de ruban et petits boutons de nacre au dos. JSTOR Daily la présente comme le sous-vêtement qui définit l'ère du jazz.
Les femmes des années 1920 portaient-elles toutes un bandeau pour aplatir la poitrine ?
Aucune source consultée ne chiffre cette pratique. Wikipédia écrit que certaines femmes utilisent un bandeau pour aplatir la poitrine, et la maison Cadolle parle d'un soutien-gorge aplatissant créé en 1925. On peut donc parler d'un usage réel, sans pouvoir dire qu'il était général.
Quelles matières dominaient dans la lingerie des années 1920 ?
Les deux musées dont les pièces ont été consultées montrent des étoffes fluides : soie et dentelle mécanique pour l'exemple du Victoria and Albert Museum, crêpe de Chine et dentelle mécanique pour la culotte du Rijksmuseum, datée de 1920 à 1930. JSTOR Daily cite aussi le crêpe de Chine pour ces pièces devenues plus modernes.
Comment porter aujourd'hui l'esprit des Années folles ?
En retenant les principes plutôt que les copies : étoffes fluides (soie, satin, crêpe), coupes droites sans armatures, pièces en un seul tenant comme le body ou le teddy, dentelle discrète. Les pages sur les coupes et les matières de ce magazine détaillent ce qui convient à chaque morphologie.